Après 6 mois de voyage en Europe et au Moyen-Orient pour rencontrer le climat, et avant de rentrer en France pour 1 mois afin de rencontrer écoles et partenaires, je pose mon sac pour quelques jours à Hamburg. C’est dans cette ville industrielle au Nord de l’Allemagne que les réseaux associatifs, activistes et politiques se sont donnés rendez-vous pour demander « un autre climat ».

La culture libertaire transparaît dans l’organisation du camp. La préparation a été réalisée par des groupes de travail, fonctionnant comme autant de groupes affinitaires autonomes et non-hiérarchisés, qui préparent ensemble les conditions de rassemblement de 2500 personnes pendant une dizaine de jours.

Une véritable ville temporaire est sortie du champ.

Un réseau d’eau alimente la cuisine et une construction abrite les douches. Un groupe de menuisier en herbe qui se forme sur le tas monte une espèce de scène entourée de bâches. Une heure est réservée aux femmes, puis aux hommes et une autre enfin pour les groupes mixtes. Les timides ou ceux militants pour l’égalité des sexes y trouvent leur compte.

Les toilettes chimiques côtoient des rangées de toilettes sèches. Vous devez jeter une poignée de copeaux de bois après avoir fait votre offrande à la nature, et le résultat sera recueilli pour un compostage futur. Encore une fois, il s’agit de structures temporaires en bois très fonctionnelles, et qui sentent moins mauvais au bout de quelques jours que leurs voisines chimiques.

La cuisine est animée par un collectif qui dispose de suffisamment de matériel pour nourrir tout ce petit monde. Des marmites immenses servent à faire cuire la soupe de légumes, qui est accompagnée de pain complet tartiné d’une préparation maison que je n’ai pas encore identifié. Des hamburgers végétariens (nous sommes à Hamburg n’est-ce pas) étaient préparés jeudi soir pour l’équipe investie dans les premiers préparatifs. Le café ou le muesli du petit déjeuner peut être complété par du lait de soja. La cuisine est donc bio, forcément, et végétarienne, pour répondre aux habitudes alimentaires de nombreux activistes. Végétariens ou anti-spécistes, ils militent pour les droits des animaux.

Les tentes voisines servent aux médias. Une radio associative diffuse musiques et interviews dans le camp et au-delà, sur la bande FM et sur internet : les activistes créent leurs propres médias pour s’affranchir des journaux, radios et télévisions financés et gérés par les multinationales dont ils dénoncent les agissements.

Les journalistes sont d’ailleurs forcés de se présenter à la tente « presse » située à l’entrée du camp. Les reportages ne sont autorisés que de 11 h à 13 h, accompagnés d’un membre du groupe média. Les personnes filmées ou photographiées doivent avoir données leur accord au préalable. Les mêmes règles s’appliquent pour les habitants du camp, sauf qu’ils ne sont pas accompagnés. Certaines personnes ne souhaitent pas être reconnues dans les médias, d’autres redoutent un fichage par la police.

Une dizaine d’ordinateurs fonctionne sous Ubuntu, une des distributions de Linux, qui permet de s’affranchir de logiciels propriétaires. Le système d’exploitation et les logiciels sont libres, c'est-à-dire qu’ils peuvent être copiés, adaptés et diffusés librement. Il ne manque plus que la connexion à Internet qui est encore difficile à configurer. Les activistes pourront partager leur expérience quotidienne sur un blog collectif, diffuser leurs photos et monter leurs vidéos.

Une dernière tente abrite le système permettant à une dizaine de panneaux solaires de fournir en électricité tout ce matériel, tout en évitant le rejet de gaz à effet de serre.

Encore loin de ces préoccupations, les enfants jouent aux pirates sur une structure en bois en forme de bateaux ou s’abritent du soleil dans un des tipis qui leur est réservé. Parents et militants viennent animer des jeux à tour de rôle sans qu’un programme soit établi.

Il y a encore un bar bio, qui sert à financer le camp en plus des donations, des tentes pour les ateliers et débats, et un immense chapiteau prévu pour l’assemblée générale quotidienne.

L’AG quotidienne fait le point sur l’organisation fonctionnelle et politique du camp. Les groupes affinitaires créés pour la préparation du camp et sa construction sont auto-dissous à l’ouverture du camp, et chaque participant est appelé à s’investir quelques heures par jours dans les différents groupes de travail.

Cette ville temporaire et autogérée est organisée en barrio, c'est-à-dire en quartier. Chaque barrio est spécialisé. Il y a les espaces communs décrits ci-dessus, et qui sont regroupés sur un côté du camp. Au centre, les tentes d’infos servent à regrouper et diffuser l’actualité du camp et les consignes, comme le plan incendie. Des panneaux d’affichages sont couverts de cartes pour les actions prévues en ville, de plannings pour les différents ateliers, d’annonces de covoiturage…

Les barrios d’habitations servent aux groupes qui se rassemblent par affinités : anarchistes-écolos, groupes de jeunesses politiques des Verts ou de Die Linke, attac, anti-fa, anti-nucléaire, ou qui se sont organisés pour se déplacer depuis différents coins de l’Allemagne.

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