Je suis à Rome depuis samedi, et comme il fallait si attendre, le rythme de la grande ville est rien moins que calme. Il n'y a pas ici la précipitation de Paris, nous sommes dans le Sud quand même, et il faut prendre le temps de boire le café. Les heures de RDV peuvent être souples, avec 1 à 2 h de décalage...

Après la manif de samedi contre le pouvoir du Vatican sur le gouvernement italien et aussi contre ses positions homophobe ou machiste, j'ai du m'organiser pour trouver un hôtel calme et pratique pour travailler : nettoyer mon ordinateur des fichiers désormais inutiles, trier mes photos, répondre aux questions des lycéens sur le forum...

J'ai aussi fait un peu de tourisme lundi et mardi.
J'ai pris un bus lundi après-midi pour faire le tour de la ville et je suis descendu à la nécropole de Saint-Paul, où le disciple serait enterré. Au même moment, un groupe de pèlerins est arrivé en chantant, et a traversé en procession l'immense nef, accompagnés de guitare et précédés par une demi-douzaine de prêtes en habits. J' ai une vidéo que j'espère pouvoir mettre en ligne.
Mardi, j ai parcouru le Colisée et le Palatina, qui a été il y a 28 siècles le premier établissement romain, face au Tibre et aux étrusques, le peuple qui occupait l'autre rive. J'ai de belles photos à mettre sur flickR.

ces 2 jours m'ont servi à prendre contact avec le "centre pour une autre économie" géré par une quarantaine d'associations. J'ai été ce matin pour faire une interview, mais le projet est trop loin du thème du changement climatique pour faire une vidéo intéressante. J'en profiterai quand même pour faire un billet car l'initiative, dans son mode organisationnel et sa relation avec la conmune de Rome est intéressante.

En fait, je suis très content d'une rencontre faite après l'interview. En prenant un café, je commence une discussion avec Peter Lang, architecte et enseignant à Padoue, membre du groupe STALKER. Il fait parti d'un réseau, italien et européen, qui travaille sur la place des Roms et des nomades : osservatorio nomade.

Selon une de leur brochure, l'Italie a été rappelée à l'ordre par Bruxelles pour ne pas respecter les droits des Roms et des nomades. Des camps sont détruits sans que des logements ne soient proposés à des populations originaires de Roumanie (ou de Yougoslavie, depuis 1992). Le collectif dénonce aussi le rapprochement fait entre "nomade" et "camp".
Les personnes classées sous l'étiquette nomade sont en fait celles qui ne rentrent pas dans la catégorie sociale majoritaire des "sédentaires" et regroupent une multitude de situation. Un mode de vie fixe, souvent situé en intérieur pour dormir, manger, travailler, etc. n'est pas celui de plusieurs groupes sociaux en Europe, qui se retrouvent en marge de la société, sont discriminés, n'ont pas accès aux services publics...
Les camps sont alors une réponse simpliste et unique de la part des pouvoirs locaux et nationaux, qui créent un ensemble de règlements depuis le début du XIX° s et qui deviennent de plus en plus restrictifs. Constitué au départ comme une aide à la population non sédentaire, elle devient un arsenal juridique utilisé pour contrôler et surveiller certains roms, faisant des parallèles avec les systèmes de contrôle nazi dont ils ont été l'objet dans les années 40.

Les camps ont , pour certains, pour but de stopper une population de nomades et non de les aider. Le groupe STAKLER travaille avec des fonds de l'Union Européenne et des universités de différentes villes européennes. Depuis 3 ans sur Rome, Belgrade et Bombai, ils constituent une cartographie des camps et établissent des liens entre les roms et les pouvoirs publiques. Cette cartographie dynamique et sociale a pour but de mieux identifier l'identité des nomades, leurs relations inter-groupes, leurs situations, les services dont ils peuvent disposer (éducation, eau, énergie, travail, santé...).
D'après ce que j'ai compris, il y a une massification des camps nomades autour de Rome, mis en parallèle avec les centre sociaux squattés, les immeubles investis par des groupes de sans-logis, etc. Ce mouvement informe et évolutif traduit l'une des forme de l'identité urbaine de la Rome actuelle.

Je rejoins ce soir un groupe de 50 personnes (des italiens et des hollandais). Un repas est préparé par une communauté kurde qui squatte un bâtiment à côté du centre pour une autre économie et du Villagio Globale où j'ai dormi samedi soir. La mairie a coupé l'eau depuis un mois au groupe kurde, mais ils préparent tout de même un repas pour ce soir. Un groupe de 9 caravanes est en train de se constituer par des étudiants, des enseignants, des architectes, des écrivains, et nous allons pendant 3 jours rencontrer des communautés établies à la périphérie de Rome, du 14 au 16 février.

Je vais les suivre car :

  • Ce projet semble important, 4 journaux de Rome et d'Italie ont fait un article aujourd'hui sur le projet.
  • Je souhaite aussi comprendre un peu le système des migrations en Italie, pour essayer de mieux comprendre ensuite ce que peut représenter les enjeux liés aux réfugiés climatiques.
  • Je n'arrive pas à contacter pour l'instant les ong membre du climate action network à Rome
  • Stakler répond en ce moment à un projet de la biennale de Milan. Un concours international d'architecture a été lancé pour construite la "maison de tous", Jean Nouvel est par exemple dans la liste des participants. Stakler, fort de sa connaissance des camps Roms, propose un modèle écologique et autosuffisant, ouvert sur l'extérieur et connecté à ses voisins. Un modèle pérenne sera réalisé dans un camp Rom et un autre dans le musée de Milan qui organise le concours.



Je suis donc à partir de ce soir avec le groupe, retour le 16 au soir en principe. Je vais sans doute adapter ma route ensuite : Venise, Belgrade, Athènes... Le groupe est connecté avec plusieurs organisations autour des Balkans. A voir si je peux trouver des liens suffisamment fort avec le changement climatique pour continuer cette piste.

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